L’école dentellière de Méteren

 

3e partie : L’école dentellière de 1925 à 1935

 

 

 

 

A5-8 : 1925-Exposition des Arts Décoratifs à Paris et création de la Société de Secours Mutuels.

 

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L’essentiel des activités des cinq premiers mois de l’année est consacré à la préparation et à la réussite de la participation du retour au Foyer à l’Exposition Internationale des Arts Décoratifs Modernes qui a été inaugurée le 6 juin 1925 au Grand Palais à Paris.

 

 

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Le comité d’Admission de la classe 34, sous laquelle sont présentées les dentelles, définit les conditions de participation à l’exposition : il s’agit de proposer des dentelles nouvelles exécutées à partir de dessins modernes. Ces dessins, à la demande du Retour au Foyer, sont réalisés par des élèves de l’Ecole Nationale des Arts Décoratifs.

Les projets sont ensuite centralisés à Paris pour le 10 janvier 1925 afin être examinés par le Comité d’Admission à l’exposition.

Seule une vingtaine de dentellières de la région de Bailleul est capable de se dégager de son travail routinier sur des modèles répétés depuis des lustres. Des parchemins des nouveaux modèles sont distribués aux dentellières expérimentées et on les presse de les réaliser. Les dames retenues sont stimulées par la promesse de récompenses à la hauteur des efforts artistiques accomplis.

 

Au total il y aura 21 exposantes ayant travaillé sur 12 modèles nouveaux. Trois d’entre elles ont présenté plusieurs modèles, c’est une collection de 29 échantillons de un mètre qui est soumise à l’appréciation du jury.

 

Les résultats sont proclamés le 31 juillet 1925 et ils sont à la hauteur des efforts accomplis pour se hisser dans la modernité puisque c’est une Médaille d’Or qui est décernée aux vitrines du Retour au Foyer. Il s’agit d’une distinction collective exceptionnelle pour le travail d’ensemble des dentellières exposantes.

 

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Dentellières méterennoises ayant participé à l’exposition :

 

Nom, prénom

Modèle n°

Nombre de fuseaux

Nombre d’heures de travail-pour 1 m.

Melle Marie DELIE (6 échantillons)

6640

300

157

 

6654

188

105

 

6687

242

115

 

6688

190

95

 

6738

246

136

 

6739

170

85

Mme SURE-FRANCHOMME (3 échantil.)

6639

204

112

 

6640

300

176

 

6740

180

96

Mme DECHEPPER-BECUWE

6638

200

144

Mme BLONDEL-DECREUS

6640

302

176

Mme NUNS-DEQUIREZ

6655

312

180

 

 

 

 

 

 

Bien qu’il s’agisse d’une distinction collective, des diplômes de médailles d’or, d’argent et de bronze ont été attribués aux huit meilleures exposantes du Retour au Foyer. Parmi elles, trois méterennoises, bien sûr Marie DELIE, médaille d’or, Marie SURE-FRANCHOMME également médaille d’or et Alixe NUNS-DEQUIREZ, médaille d’argent.

Comme il eût été agréable de pouvoir contempler tous les chefs-d’œuvre de fine dentelle réalisés à cette occasion. Ils sont hélas demeurés dans les collections du musée des Arts Décoratifs à Paris.

 

Ci-dessous copie du diplôme de Médaille d’Argent de Mme Nuns-Dequirez : (collection Francis Penin, neveu de la lauréate)

 

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A5-9 : 1925 : Initiative solidaire et changement de direction à l’école.

 

a) Mise en place de la Société de Secours Mutuels :

 

La S.S.M. « Les dentellières du Retour au Foyer » a pour but de garantir une indemnité journalière à ses membres malades ou blessés, de leur accorder des secours exceptionnels en cas de besoins urgents, des indemnités de repos avant et après les couches, et de pourvoir à leurs funérailles. Enfin elle peut créer des cours professionnels pour l’enseignement de la dentelle.

 

La société a son premier siège social à Méteren et ses membres sont recrutés parmi les dentellières de Méteren et Saint-Jans-Cappel y compris les jeunes élèves de plus de 13 ans, ayant trois mois de domicile et à jour de leurs vaccinations. La limite d’âge est fixée à 60 ans.

 

Madame Houzet, déléguée du R.A.F. pour la section « Dentelles » assure la présidence de la société dont le siège est transféré à l’Ecole Dentellière de Bailleul construite en 1926.

 

Compte-tenu du nombre assez restreint des membres,  soit 96 le 30 juin 1926, les comptes de la S.S.M. ne sont équilibrés que grâce à la générosité du R.A.F.

 

Le relais sera rapidement pris par la loi de 1928 sur les Assurances Sociales et ses décrets d’application. La S.S.M. devenue sans objet,  sera dissoute lors de son assemblée générale du 19 juillet 1930, après avoir porté assistance pendant cinq ans à ses membres confrontés aux aléas de la vie.

 

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b) : Changements à la direction de l’école dentellière .

 

Mme Marie Minne, la maîtresse de l’école est âgée de 67 ans et ne peut plus diriger les élèves de manière satisfaisante. Des incidents sont survenus entre la maîtresse, qui n’a plus l’autorité, et les grandes élèves. Marguerite De Swarte a fermé l’école peu avant les vacances pour se donner le temps de la réflexion. Il convient de prendre une décision difficile, remplacer la maîtresse qui ne comprend pas ce qui lui arrive. On adoucira sa peine par l’octroi de quelques avantages.

 

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Marie, Thérèse CAPPOEN née à Bailleul le 20 mai 1859, mariée à Méteren avec MINNE Pierre Louis, décédée à Sains-en-Gohelle

(chez sa fille) le 26 août 1929

Cette photo a illustré de nombreux articles de presse, y compris au niveau national.

 

 

A compter du 1er septembre 1925 c’est Hélène LOOZEN qui assure les fonctions de maîtresse sous la direction technique de Marie DELIE

 

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Melle Hélène LOOZEN née à  Méteren le 19 mars 19 mars 1871

Décédée à Méteren le 30 novembre 1954

 

(Extrait d’une photo d’un groupe d’apprenties lors de la fête de Sainte-Anne, patronne des dentellières,  à Méteren en 1937). Elle est entourée de Jeannette PIROU à gauche et d’Andréa Decoster à droite.

Source :Archives Marguerite De Swarte

 

 

 

Nous aurons l’occasion de nous intéresser plus longuement à Marie DELIE lorsqu’elle sera proclamée « Meilleure Ouvrière de France » en 1927 puis une deuxième fois en 1933. Nous lui avons déjà consacré une biographie détaillée sur ce site sous la rubrique V-4 du chapitre Histoire et Géographie : « Ils ont donné leur nom à une rue ».

 

A5-10 : 1926 De la difficulté de fidéliser les apprenties

 

Dans son cahier à la date du 1er octobre 1926, Mme HOUZET confie son découragement face à la concurrence des industries locales qui lui enlèvent ses meilleures apprenties : « …un ouvroir s’est créé pour le stoppage des tissus à l’endroit des défectuosités de fabrication et les industriels de Roubaix, Tourcoing, paient 6 à 7 francs par jour aux débutantes pour ce travail facile, ne demandant que peu d’apprentissage, et donnent 6 francs d’indemnité de vie chère aux filles de 16 ans. Comment lutter avec notre apprentissage de travail artistique, long, difficultueux et peu rémunéré ? Les mères sont impatientes de voir gagner leurs filles et les filles sont vite converties, …c’est dommage et un peu décourageant surtout si ce mal de liberté et du gain se développe. Cet ouvroir est une plaie pour notre école et peut-être son avenir ».

 

 

A5-11 : 1927 une année chargée en évènements :

 

a) collaboration plus étroite entre les écoles dentellières de Méteren et Bailleul.

 

 

Une jeune directrice est nommée à l’ école de Bailleul le 1er janvier 1926. Il s’agit de la jeune Melle Anna COMEYNE, 18 ans, lauréate de l’ Ecole Normale Dentellière de Bruges, vivement recommandée par l’Abbé Maertens, Sous-Directeur, et par les maîtresses de ladite Ecole.

 

 Son jeune âge a un peu déconcerté lorsqu’elle s’est présentée devant le Comité local du Retour au Foyer le 22 décembre 1925  mais ces réticences ont été rapidement levées à l’exposé de son « programme d’enseignement rénové, aux méthodes innovantes dont la routine est proscrite, à l’intérêt qu’elle veut porter au goût, à l’intelligence et à la sensibilité de chaque ouvrière. » ( P.V. de séance du 22/12/1925)

 

Ci-contre Anne COMEYNE

(Collection Gérard Lemaire)

 

 

Madame HOUZET, qui a apporté un soin tout particulier au recrutement de Melle COMEYNE, compte faire profiter l’Ecole de Méteren des méthodes d’enseignement de la nouvelle maîtresse et elle organise des échanges : Marie Délie et Hélène Loozen viennent à Bailleul s’inspirer du cours de Melle Comeyne et celle-ci se rend à Méteren pour conseiller maîtresse et jeunes dentellières.

 

A la suite d’un accord entre les deux écoles, le 1er août 1927,  les deux meilleures apprenties méterennoises, Rachel Houcke et Anna Debruyne, sont affectées à Bailleul où elles se rendent journellement et où elles reçoivent un statut d’apprenties rémunérées au mois. Elles y sont chargées d’exécuter, sous la direction de Melle Comeyne et du Comité de Bailleul, les larges dentelles dites d’exposition aux motifs modernes (lierre, houblon…) ou aux motifs anciens renouvelés. En contre-partie la totalité de leur production est acquise à l’école.

Ce statut favorable n’empêchera pas Rachel de quitter l’école pour une usine textile, en janvier 1929. Anna, associée à quatre bailleuloises prometteuses,  dont Yvonne Looten future meilleure ouvrière de France en 1936, y restera jusqu’à la fin de l’année 1937, les dames du Comité lui ayant trouvé, après son mariage en 1929, un logement situé quasiment en face de l’école.

 

b) Exposition départementale du Travail « Les meilleurs ouvriers de France »

 

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Il ne s’agit pas d’une exposition au vrai sens du mot, mais d’un concours de l’Artisanat donnant lieu à la désignation des meilleurs ouvriers et permettant de mettre en lumière et de récompenser les plus hautes qualités professionnelles et morales.

Cette exposition du travail comprend deux étapes : l’exposition départementale ou régionale (Lille du 29 octobre  au 1er novembre 1927) et l’exposition nationale  (Paris du 26 décembre 1927 au 8 janvier 1928) où figureront seules les œuvres sélectionnées par les jurys régionaux ou départementaux comme étant de premier ordre et dignes de concourir pour des récompenses plus hautes.

Pourront seules y participer les ouvrières exposantes qui vivent de leur travail, avec obligation d’indiquer le nom de leur employeur ou courtier.

Les modèles de dentelles modernes confectionnées pour l’exposition des Arts Décoratifs en 1925 peuvent concourir.

L’annonce un peu tardive, le 27 juin, de la participation au concours qui se situe  juste après la cueillette du houblon et le ramassage des pommes de terre, va en bousculer la préparation. Malgré cela le Retour au Foyer est à la hauteur de l’événement et connaît un beau succès : 8 médailles d’or, 11 médailles d’argent, 10 médailles de bronze.

Les apprenties concourent dans une série spéciale avec un règlement particulier tenant compte du nombre d’années d’apprentissage. Elles ne sont pas en reste et s’offrent une médaille d’or, une médaille d’argent et 6 médailles de bronze.

Le palmarès nominatif des dentellières de la région de Bailleul figure ci-dessous :

 

Concours régional des « Meilleurs Ouvriers de France »

Catégorie  Dentelles aux fuseaux

Lille du 29 octobre au 1er novembre 1927

 

Sélection en vue du concours national de Paris

26 décembre 1927 au 8 janvier 1928

Palmarès

 

 N° d’insc.

Nom des exposantes distinguées

Distinction attribuée

296

DELIE Marie, Méteren

1ère médaille d’or et bourse de voyage de 250 F

281

SURE-FRANCHOMME, Méteren

2ème médaille d’or et bourse de voyage de 250 F

283

MINNE-CAPOEN Marie, Méteren

3e médaille d’or

270

HURTEMEL-LEROYE, Méteren

4e médaille d’or

264

CROQUETTE-DEHOUCK, Bailleul

5e médaille d’or

268

BLONDEL-DECREUS, Méteren

6e médaille d’or

2 92

DHOOGHE-DEPIL, Bailleul

7e médaille d’or

278

DESRAMEAUX-BAELDE, Bailleul

8e médaille d’or

 

 

 

269

COLAERT-DECOSTER Sidonie, Méter

1ère médaille d’argent

267

COSTENOBLE-RUBRECHT

2e médaille d’argent

285

NUNS-DEQUIREZ, Méteren

3e médaille d’argent

265

CAPOEN-DESCHEPPER, Flêtre

4e médaille d’argent

280

DESCHEPPER-BECUVE, Méteren

5e médaille d’argent

291

DIETTE-VANPEENE, Flêtre

6e médaille d’argent

277

BERTELOOT Bénonie,, Bailleul

7e médaille d’argent

294

LOOZEN-SALOME,

8e médaille d’argent

274

BUSTRAEM-WEKSTEENE, Eecke

9e médaille d’argent

272/273

DELDYCKE et LOOZEN, St Jans Cap.

Mouchoirs brodés et dent.

286

LEJEUNE-SMAGGHE Roubaix

Médaille de bronze

289

HUS-BOUREZ, Bailleul

Médaille de bronze

266

DESWARTE-COCQ, Caestre

Médaille de bronze

271

MARQUIS-BAILLEUL, Bailleul,

Médaille de bronze

290

HUYGHE Hélène, Bailleul

Médaille de bronze

295

TERRIER-MINNEBOIS, Bailleul

Médaille de bronze

276

LANNOY-DARROUX, Caestre

Médaille de bronze

284

DEVOS-SMAGGHE, Roubaix

Médaille de bronze

275

PAREIN-LOOTEN ( ?)

Médaille de bronze

288

HUYGHE-DARROUX, Merris

Médaille de bronze

 

APPRENTIES

 

161

HOUCKE Rachel, Méteren

Médaille d’or

160

DEBRUYNE Anna, Méteren

Médaille d’argent

 

 

 

162

LOOTEN Yvonne, Bailleul

Médaille de bronze

159

BURIE Yvonne, Bailleul

Médaille de bronze

155

NUNS Marie-Madeleine, Méteren

Médaille de bronze

156

THOORIS Maria, Méteren

Médaille de bronze

157

BAILLEUL Marguerite, Bailleul

Médaille de bronze

158

VANNEUVILLE Jeanne, Bailleul

Médaille de bronze

 

 

c) Trois titres enviés de meilleure ouvrière (2) et de meilleure apprentie (1) de France.

 

Seules les œuvres ayant obtenu une médaille d’or sont admises à participer à la 2e Exposition Nationale du Travail « Les meilleurs ouvriers de France » qui se déroule au Grand Palais du 26 décembre 1927 au 8 janvier 1928.

Un seul diplôme de Meilleur Ouvrier(e) est délivré par groupe. Il y eut 320 groupes représentant toutes les branches de l’industrie et de l’artisanat de France.

Le Retour au Foyer a  fait acte de candidature dans trois groupes : dentellières aux fuseaux, apprenties dentellières et dentellières-brodeuses. Il obtint le maximum de récompenses en remportant les trois titres enviés:

 

 -Marie DELIE, (Méteren) diplôme de meilleure ouvrière dentellière,

 

-Marie DELDYCKE (Saint-Jans-Cappel), diplôme de meilleure ouvrière dentellière-brodeuse (mouchoirs brodés avec encadrements de dentelle).

 

-Rachel HOUCKE, 17 ans (Méteren), diplôme de parfaite apprentie.

 

On imagine l’émotion, la joie et la fierté de ces trois dentellières, venues spécialement du Nord, lorsque le 7 janvier 1928, dans le grand amphithéâtre de la Sorbonne à Paris, au cours d’une distribution des récompenses présidée par M. Edouard Herriot, Ministre de l’Instruction Publique, elles reçurent leur précieux diplôme.

 
Marie DELIE (1865-1943)

 

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Marie Délie au travail devant sa maison

dans le bas de la Rue de la Fontaine à Méteren

 

 

 

Marie Délie est née à Méteren le 16 avril 1865. Elle était la fille de Pierre Jean Joseph Délie et de Stéphanie Eugénie Serteel,  dentellière.

Elle a consacré toute son existence au travail de la dentelle. Agée de cinq ans, elle commençait déjà son apprentissage à l’école dentellière de Méteren sous la direction de Melle Catherine Heyman. Ces cours étaient suivis régulièrement par une soixantaine d’enfants.

La guerre de 1914-18 interrompit à peine ce labeur. Evacuée de Méteren en avril 1918, Marie Délie partit à Lisieux. Elle y séjourna quinze mois. Elle revint à Méteren sitôt que sa petite maison de la rue de la Fontaine fut reconstruite.

En 1929 les dentellières  résolurent de se grouper en syndicat afin de mieux vendre leurs productions. Marie Délie, en fut la première présidente, entourée au bureau par les plus expertes dentellières. Les fonctions de secrétaire furent confiées à Valentine Buttin.

Le démarrage du syndicat fut aidé par un don généreux de l’ œuvre du « Retour au Foyer ». Les dentellières de Méteren vont s’y rallier nombreuses car c’était pour elles le seul moyen d’écouler leur production. Beaucoup de dentellières de Flandres les suivront.

 

1924, c’est aussi l’année du premier concours du meilleur ouvrier de France (M.O.F.) mais les méterennoises impliquées dans le concours local de Bailleul n’y participent pas.

En 1927 Marie participe pour la première fois aux sélections pour le titre de Meilleur(e) Ouvrier(e) de France (M.O.F.). Les épreuves se déroulent  tous les  trois ans, en deux étapes :

       -des Expositions départementales du Travail permettent de sélectionner les meilleures dentellières du département auxquelles on décerne médailles d’or, d’argent et de bronze.

        -Une Exposition nationale du Travail ouverte aux médaillées d’or des départements dont les plus expertes peuvent se voir décerner le titre de Meilleur(e) Ouvrier(e) de France.

Au concours départemental des 28 et 29 août 1927 deux personnes sont classées hors concours avec médaille d’or. Il s’agit de deux méterennoises, une reconnaissance de premier plan pour l’œuvre du Retour au Foyer dans le village.

 Marie Délie reçoit la première médaille d’or, Mme Sure-Franchomme, se voit décerner la deuxième. Elles sont toutes deux qualifiées pour le concours national. Celui-ci a lieu à Paris les 30, 31 octobre et 1er novembre 1927. Marie Délie est reçue au rang de Meilleure Ouvrière de France, catégorie « Dentelles aux fuseaux ».

De nombreuses distinctions lui seront accordées tout au long de sa vie. En 1924 le « Retour au Foyer » organise un concours local réservé aux dentellières de la région de Bailleul. Quatre vingt quatorze méterennoises s’y inscrivent. Marie est du nombre, et en même temps membre du jury désignée par les ouvrières dentellières. Trois prix hors-concours sont décernés, dont un à Marie qui se voit attribuer en outre une prime exceptionnelle pour « affirmer tout l’intérêt que le Retour au Foyer porte à l’exécution d’œuvres de haute qualité et pour que son exemple soit suivi par les ouvrières de la région ».

 

Le concours de 1930 n’est pas organisé, il faut attendre 1933. Marie obtient un deuxième titre de Meilleure Ouvrière de France. La médaille lui sera remise à Méteren le 10 mai 1934 par Paul Perrier, Conseiller Général, au cours d’une cérémonie que relate César Lauwerie dans son livre « Méteren, fin du XIXe et début du XXe siècle » page 93.

Marie Délie a longtemps enseigné à l’Ecole Dentellière du Retour au Foyer de Méteren où elle a formé à son art de nombreuses fillettes et jeunes filles, perpétuant une tradition flamande qui semble remonter au XVIe siècle et qui connut son apogée au XVIIIe. Elle consacrait le reste de son temps au travail de la dentelle à domicile en compagnie de voisines ou d’élèves. Elle a vécu modestement dans sa petite maison du bas de la rue de la Fontaine. Elle est décédée, sans descendance, à son domicile, le 24 mars 1943.

Elle fut la figure emblématique de ces nombreuses dentellières méterennoises, elles étaient encore 300 en 1910, qui de génération en génération, ont pratiqué cet art, le plus souvent pour n’apporter qu’un maigre revenu d’appoint à leur foyer. En ce sens on ne peut qu’applaudir la décision du Conseil Municipal de la commune qui, en 1989, donna le nom de Marie Délie à une rue du nouveau lotissement Bellevue.

 

 

 

 

 

Rachel HOUCKE

 

 Rachel est née le 13 janvier 1911 à Méteren, lieudit Les Quatre Fils Aymon de Camille HOUCKE et de Marie Deweppe, dentellière.

Elle fit son apprentissage à l’école dentellière du Retour au Foyer de Méteren, sous la direction de Marie Minne. On relève son nom comme ayant vendu des dentelles au Retour du Foyer dès le 5 novembre 1921, elle avait alors 10 ans.

Fille de dentellière, comme beaucoup de jeunes apprenties de l’école, elle avait sûrement commencé son apprentissage avec sa maman, pour être opérationnelle aussi rapidement.

A partir du 1er août 1927 elle suit des cours de perfectionnement à l’Ecole Dentellière de Bailleul sous la direction de Melle Anna Comeyne, professeur diplômée de l’Ecole Normale de Bruges (B).

Elle s’y est spécialisée dans les dessins de dentelles modernes, style Arts Décoratifs et a obtenu son titre de « parfaite apprentie » en présentant une dentelle de grande largeur figurant des grappes de houblon.

Mais l’activité dentellière n’est pas suffisamment rémunératrice et Rachel succombe à l’attrait d’un travail plus régulier et mieux payé. Elle quitte l’école de Bailleul le 29 janvier 1929 pour entrer dans une usine textile au grand désespoir de sa maîtresse et des responsables du Retour au Foyer.

Elle se marie à Méteren le 11 mai 1929 avec André Verwaerde originaire de Flêtre.

Rachel est décédée à Lomme (59) le 8 février 1987 à l’âge de 76 ans.

 

Ci-dessous un des trois modèles de dentelle proposés par Rachel Houcke au concours national de la meilleure apprentie le 7 janvier 1928 à Paris. (houblon grand modèle à cinq cônes-angle) :

 

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A5- 12 : 1929 Création du Syndicat des Dentellières du Retour au Foyer de Méteren (Nord).

 

A la fin des années 1920 les dentelles se vendent de plus en plus difficilement et les ouvrières dentellières de Méteren se constituent en syndicat le 31 octobre 1929. Ce syndicat a pour objectif de vendre directement et au meilleur prix un maximum de la production de ses membres.

Marie Délie en est la présidente, entourée au bureau des plus expertes dentellières. Valentine Buttin en assure le secrétariat et la comptabilité.

 

 

Constitué à l’origine d’une cinquantaine de méterennoises, le syndicat sera étendu en 1932 aux dentellières bailleuloises, puis à toutes les dentellières de Flandre qui souhaitent s’y rallier. Se regrouper était pour elles le seul moyen  d’écouler leur production. Elles seront près de 250 adhérentes à la fin de l’année 1932

 

Cependant le syndicat n’a pu se maintenir que grâce à un important don de Mr Cromwell et à un accompagnement financier du Retour au Foyer. Le don a notamment permis de financer la constitution d’un stock de dentelles achetées aux membres du syndicat et destinées à être présentées aux acheteurs potentiels. Mais le système trouvera rapidement ses limites financières lorsque seront estompées les retombées des succès remportés à l’exposition Universelle de Bruxelles de 1935. Il faudra alors limiter la production aux plus beaux modèles.

 

 

 

* Nous ne disposons pas d’archives du syndicat postérieures à 1935, année du décès à Paris de Madame HOUZET, née Hortense DIDELOT, la rédactrice du cahier-journal dont nous nous sommes inspirés..

 

 

 

A5-13 : 1933 - 3e exposition départementale du Travail à Lille et 3e exposition nationale du Travail à Paris.

 

Une fois de plus les dentellières de Méteren et Bailleul et environs vont réaliser une ample moisson de distinctions aux deux niveaux (départemental et national) du concours-exposition,

 

Palmarès départemental : d’un concours à l’autre on retrouve bien entendu l’incomparable travail artistique de Marie DELIE récompensé par une médaille d’or.

Cinq médailles de vermeil ont ensuite été décernées à Mesdames :

SURE-FRANCHOMME de Méteren

HURTEMEL-LEROY de Méteren

CROQUETTE-DEHOUCK de Bailleul

VANDYCKE-WEEKSTEEN d’Eecke

LANNOY-DARROUX de Caestre

 

Sept médailles d’argent furent remises à Mesdames :

BLONDELLE-DECREUS de Bailleul

CHIEUX-BUDIN de Bailleul

VERWAERDE-DUHAYON de Méteren

SAFFRE-CAPPOEN de Méteren

VERSTAVEL-LOOZEN de Méteren

SUFFYS-DELMOTTE de Méteren

DIETTE-VANPEEN de Flêtre

 

Enfin une médaille de bronze fut attribuée à Madame COUJET-THOOR de Merris.

 

En ce qui concerne les apprenties, seules des bailleuloises semblent avoir concouru, mais très brillamment puisqu’elles remportèrent quatre médailles dont trois d’or et une de vermeil.

 

Médailles d’or :

Melle Yvonne LOOTEN (future directrice de l’école dentellière)

Melle Marie-Thérèse HILDE

Melle Noëlline POTTIER

 

Médaille de vermeil :

Melle Marie-Ange POTTIER

 

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De gauche à droite, Noêlline POTTIER, Yvonne LOOTEN, Marie-Ange POTTIER, et Marie-Thérèse HILDE.

Sources :Journal La Bailleuloise du 19 février 1933 et la Dépêche du Nord  du 21 février 1933.

 

 

Exposition nationale : Seules les ouvrières dentellières ayant obtenu une médaille d’or au niveau départemental peuvent exposer leurs œuvres et concourir pour le titre de « Meilleur Ouvrier de France ».

 

 Marie DELIE peut donc se présenter à nouveau à cette difficile compétition déjà remportée une première fois en 1927. Depuis cette date son art s’est encore affirmé et elle a renouvelé ses modèles. En toute logique et à la grande fierté des dentellières méterennoises, elle se voit attribuer pour la deuxième fois le titre tant envié de Meilleur(e) Ouvrier(e) de France, section « dentelle aux fuseaux ». Elle en recevra le diplôme sous les lambris de la Sorbonne à Paris le 27 janvier 1934.

 

 

 Comme nous l’avons évoqué plus haut dans le texte, la municipalité de Méteren a organisé le 10 mai 1934 une cérémonie officielle de remise de sa médaille d’or.

 

 

 

 

 

A5-14 : 1935 : L’Ecole Dentellière de Bailleul Grand Prix de l’Exposition universelle de Bruxelles (mai-novembre 1935)

 

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L’affiche de l’Exposition

 

 

Le pavillon de la France

 

 

 

Stand de l’Ecole Dentellière de Bailleul à l’Exposition Internationale

Au centre le portrait de William Nelson Cromwell 

« La dentelle de Valenciennes » E. de Bondeli, Impr Lang et Blanchong, Paris, Février 1936, p.31

En haut du panneau, nappe et serviettes, dentelle « feuille de lierre », commande d’Emile Charrier, secrétaire général du Retour au Foyer. Réalisation Marie Délie 1934.

 (cf lettre E. Charrier du 29 août 1934)

 

 

 

Drap et taie d’oreiller bordés par la dentelle au houblon (grande largeur à 5 cônes) exposés à Bruxelles. Brodés aux initiales WNC,  c’était une commande de Mr William Nelson CROMWEL.

« La dentelle de Valenciennes » E. de Bondeli, Impr Lang et Blanchong, Paris, Février 1936, p.42

 

 

En vue de préparer l’exposition de Bruxelles, l’ Ecole dentellière de Bailleul s’était entourée des conseils de Jean CHALEYE, éminent ancien professeur de dentelles à l’ Ecole pratique du Puy-en-Velay. Nommé en 1930 directeur de l’Ecole Nationale Supérieure des Arts et Industries Textiles de Roubaix, il s’intéressa tout naturellement à l’activité des dentellières de Bailleul dont il renouvela et modernisa les dessins des parchemins. Grâce aussi à sa longue expérience des expositions, comme en témoigne le résumé de sa biographie ci-dessous, il favorisa grandement l’obtention de ce prestigieux Grand Prix.

Avant sa mort survenue le 10 avril 1935 qui la privera du bonheur de connaître ce brillant succès, Madame HOUZET avait déployé une intense activité auprès des autorités locales et départementales afin de favoriser ce rapprochement avec M . CHALEYE et ses élèves de l’Ecole roubaisienne. Ses efforts ne furent pas vains !

 

Biographie sommaire de Jean Chaleyé

 

. Né en 1878, boursier de l'Ecole régionale des arts industriels de Saint-Etienne, il entre à 18 ans à l'Ecole des beaux-arts de Lyon. En fin d'études, il reçoit une médaille d'or et une bourse qui lui permettent de rentrer à Paris, à l'Ecole nationale supérieure des arts décoratifs et à celle des beaux-arts. En 1904, pour rénover l'art dentellier en Haute-Loire, il est nommé professeur de dessin d'art à la section " Dentelle " de l'Ecole pratique du Puy. Les dentelles réalisées selon ses dessins obtiennent de nombreuses récompenses : médaille d'argent à l'Exposition de Liège en 1903, médaille d'or à l'Exposition Internationale de Bruxelles en 1910, médaille d'or à l'Exposition Internationale de Turin en 1911, médaille d'or pour l'ensemble de ses dessins à l'Exposition Internationale des Arts Décoratifs à Paris en 1925. En 1930, il est nommé directeur de l'Ecole nationale supérieure des arts et industries textiles de Roubaix et conservateur du musée de la ville.

En 1943,Jean Chaleyé, de retour au Puy-en-Velay, édite une méthode d'enseignement de la dentelle au fuseau qui servira à l'apprentissage de cette technique à des générations de dentellières.

 

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Les retombées du succès de Bruxelles

 

Le 24 novembre 1935, lors de l’inauguration du buste de W.N. Cromwell  placé sur le parvis de l’Ecole Dentellière de Bailleul, Jean Hié, maire de Bailleul, commentait le succès de Bruxelles en ces termes :

 

« Si notre cité se réjouit de pouvoir aujourd’hui honorer son éminent protecteur, elle est heureuse de pouvoir fêter aussi le tout récent succès remporté par nos dentellières. Le Grand Prix qui a été décerné par le jury international aux ouvrages qu’elles ont présentés à l’Exposition de Bruxelles au cœur même de cette terre de Belgique où l’art de la dentelle fut toujours tant en honneur, est un véritable hommage rendu aux qualités professionnelles de nos ouvrières, à leur habileté, à leur savoir-faire, comme il est la consécration des méthodes d’enseignement professées  dans notre école ».

 

Ce succès va contribuer à la réputation des dentellières de ce coin de Flandres et à cette occasion on s’apercevra que bon nombre de maisons françaises liées à la mode ignoraient que l’on  fabriquait de fines dentelles de Valenciennes à Bailleul.

 

Mais les ventes du syndicat des dentellières ne s’envoleront pas pour autant et leur embellie ne dépassera guère une année.

 

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Ci-dessous  l’étiquette estampillée et dorée portant la mention « Grand Prix Bruxelles 1935 » apposée sur le papier à lettre du syndicat des dentellières :

 

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A5-15 : 1935: lnauguration du buste de W. N. CROMWELL

 

Au printemps de 1935 le Conseil Municipal de Bailleul nommait  W.N. Cromwell « Citoyen d’Honneur de la Ville de Bailleul » et décidait de lui ériger son buste sur le parvis de l’Ecole Dentellière, Rue du Collège.

Ce buste est la réplique du buste de W.N. Cromwell, œuvre du sculpteur Victor Segoffin (1867-1925) qui ornait à l’origine le Palais de la Légion d’Honneur à Paris et qui fut transféré en 1938 au Musée National de la Coopération Franco-Américaine de Blérancourt (Aisne) dans une de salles des Souvenirs des Volontaires Américains de la guerre 1914-1918.

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Buste de William Nelson Cromwell au Musée de Blérancourt

 

L’inauguration du buste eut lieu le 24 novembre 1935, dans une ville pavoisée aux couleurs franco-américaines, au milieu d’une foule accourue des environs. Quatre vingt dix jeunes apprenties portant le tablier rose de l’école dentellière et leurs aînées diplômées en costume

traditionnel formaient une haie d’honneur autour du buste.

D’importantes personnalités nationales et départementales avaient répondu à l’invitation de M. Jean Hié, maire de la ville. Six discours de haute volée furent prononcés par :

-Jean Hié, maire de Bailleul qui retraça l’histoire de l’école et son renouveau après 1918,

-William Nelson Cromwell, retenu aux Etats-Unis, était représenté par Eirik Labonne, Directeur d’Amérique au Ministère des Affaires Etrangères, qui lut le discours du bienfaiteur de l’Ecole, heureux de voir ses efforts récompensés par le renouveau de l’art de la dentelle, symbole de la beauté et de la parure.

-Emile Charrier, Secrétaire Général du Retour au Foyer qui fit l’historique des interventions de l’œuvre à Méteren et Saint-Jans-Cappel d’abord, à Bailleul ensuite où une une Ecole Normale Professionnelle fut construite, puis remise à la ville, couronnant ainsi  le travail accompli.

-François Roussel, Directeur de l’Ecole Nationale Supérieure de l’Enseignement Technique, représentant le Ministre de l’Education Nationale, insista particulièrement sur les notions de « conservatoire de la dentelle » que le ministère souhaite voir émerger, de la dentelle à considérer comme un « produit d’art » qui ne supporte pas la médiocrité  et qui doit être renouvelé sans cesse.

-Henri Torre, Conservateur du Palais de la Légion d’Honneur, a évoqué les actions menées par W.N. Cromwell au sein des œuvres portées par la Légion d’Honneur : participation au financement du Musée de la Légion, anciennes élèves des maisons d’éducation, orphelins et veuves de la Légion…

Enfin Armand Guillon, Préfet du Nord, représentant Pierre Laval, Président du Conseil, s’est livré dans un très long discours à un rappel historique des actions menées depuis les premiers jours de 1919  jusqu’à ce 24 novembre 1935 en insistant notamment sur :

 

-      la situation à Bailleul au lendemain de la guerre,

-      les œuvres de reconstitution, dont le Retour au Foyer, qui furent mises en place,

-      l’engagement aux côtés des œuvres françaises, de plusieurs philanthropes et mécènes américains particulièrement actifs et généreux, dont W.N. Cromwell, désormais citoyen d’honneur de Bailleul et il évoqua ses innombrables bienfaits,

-      les nombreuses distinctions obtenues par l’école dentellière qui récompensent tant d’efforts déployés « pour faire revivre l’art délicieux de la dentelle ».

 

Tous ces discours sont intégralement transcrits dans la première partie d’une plaquette intitulée « La dentelle de Valenciennes » apparemment rédigée par Miss Elsa de Bondeli, bibliothécaire du « French Institute de New-York. »

Imprimerie Lang, Blanchong et Cie, Paris 18e, février 1936

 

 

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